Un témoignage accablant
Dans cette contribution à l’écriture de l’histoire, Amar Belkhodja s’attaque, dans ce nouvel ouvrage paru aux éditions ANEP, aux conquêtes coloniales européennes en Afrique qui ont été considérées par les Occidentaux comme une œuvre civilisatrice.
Dans ce livre de 150 pages, l’auteur apporte une critique acerbe à cette thèse. Appuyée par des illustrations, cette publication englobe un grand nombre de pays et de peuples, tous marqués par l’entreprise sanglante du colonialisme.
Saisissant et richement documenté, le livre de Belkhodja invite le lecteur à découvrir les différentes formes d’exploitation et les massacres subis des années durant, voire pendant des siècles, par les populations africaines. «Il faudrait soutenir avec force que les conquêtes coloniales, toutes d’origine européenne, sont en tant que telles des crimes contre l’humanité […]», écrit l’auteur, qui montre, témoignages à l’appui, toute l’horreur du système colonial dans de nombreux pays africains comme l’Algérie, le Maroc, la Tunisie, le Congo ou la Côte d’Ivoire.
Le Congo, à lui seul, a perdu, entre 1885 et 1925, plus de 10 millions d’habitants, est-il indiqué. Quant à l’Algérie, le bilan exhaustif n’a jamais été établi. Les formes de cette barbarie sont multiples, constate-t-il. Les populations ont été réduites à la misère, aux épidémies ravageuses et à l’exploitation inhumaine.
«Des contingents d’hommes étaient répartis entre les domaines appartenant aux colons. On leur distribuait un salaire de misère […]», souligne l’auteur, avant d’ajouter : «Les répressions et les massacres ne constituent que des échantillons des innombrables méfaits du colonialisme.
Cette œuvre «malsaine» et «hideuse» est entreprise par des militaires sous les ordres de responsables politiques», accuse l’auteur. Cette publication, qui se veut un grand hommage aux victimes et aux martyrs des guerres de libération, s’appuie de façon prononcée sur les travaux et témoignages du docteur Paul Vigné d’Octon (1859-1943), parlementaire français qui fut le témoin, de 1889 à 1924, des crimes de la conquête de la Tunisie, du Maroc et d’une importante partie de l’Afrique noire.
Ce député a eu à interpeller plusieurs fois, avec indignation et dégoût, le gouvernement français sur les pillages et les massacres qui étaient commis au nom du peuple français, en Afrique. Comme disait Vigné d’Octon dans la Gloire du sabre, cité par l’auteur, «la plupart de ces officiers, de ces généraux, comme la plupart de ces exploiteurs, n’ont d’autre gloire que celle de faciles exterminations coloniales.
Les soldats anglais portent la casaque rouge afin de ne pas trop se salir au cours de leurs nombreuses boucheries […]». Il ajoute : «L’histoire de ces guerres est monstrueuse et déshonore à jamais le pays qui prétend tenir plus haut que les autres les flambeaux des civilisations.» Il a laissé de volumineux dossiers d’accusation et de nombreux livres.
La contribution d’Amar Belkhodja sera très utile aussi bien aux spécialistes de l’histoire qu’au grand public qui y trouvrera des témoignages accablants. Et comme l’écrit Djilali Sari, dans sa préface, «les conquêtes coloniales ne sauraient mériter d’autre qualificatif que celui de crime contre l’humanité».
Amar Belkhodja est né le 16 novembre 1941 à Tiaret. Autodidacte, ancien journaliste à El Moudjahid, passionné de l’histoire contemporaine de l’Algérie, il dédie son ouvrage «à la mémoire de toutes celles et de tous ceux qui furent assassinés par les hordes colonialistes européennes, propagatrices d’une civilisation au nom de laquelle le crime collectif contre des peuples pacifiques était dicté expressément et devenait tout naturellement une règle aux nombreux émules».
Du même auteur, citons les ouvrages suivants : Ali Maâchi, art et combat ; l’Affaire Adda Hamdani ; Pages de Novembre.
B. R. http://www.jeune-independant.com/index.php
|
|

