Jeudi 30 Mars 2006

Journée de la Terre... terre volée, terre agressée, terre occupée.

Le 30 mars chaque année, la Palestine célèbre sa terre en mémoire des morts de 1976, quand lors de manifestations des Palestiniens d’Israël contre -déjà- l’expropriation de leurs terres, les forces armées israéliennes firent feu sur les manifestants. Date mémoire, date symbole, de la terre de Palestine.

Que reste-t-il de cette superbe terre ancienne, la terre de Palestine ?

Commençons par la côte de Gaza et son arrière pays, terre de fleurs, d’agrumes et de pêche, ouverte sur la mer, autrefois douce à vivre.

Depuis 1948 et la création par la communauté internationale, sur résolution des Nations-unies, de l’état d’Israël, Gaza sous tutelle égyptienne a vu s’agglutiner à sa population locale grandissante les milliers de réfugiés chassés par la lutte sans merci du nouvel état juif contre la population civile de la Palestine.

Depuis la guerre de 1967 dont la victoire israélienne a jeté des milliers d’autres Palestiniens sur les routes de l’exil et vers les camps de réfugiés, Gaza est devenue le foyer de près d’un million et demi de Palestiniens. Années marquées aussi par la main mise envahissante des colons juifs sur 45% de la terre palestinienne de Gaza. 8000 au plus mais protégés par des centaines de soldats surarmés, réduisant à la portion congrue les centaines de milliers de Palestiniens qui s’entassent dans le territoire démuni que les occupants leur ont laissé.

Première puis deuxième Intifada, révoltes d’un peuple opprimé et méprisé, qui n’en peut plus de la colonisation et de la discrimination, Gaza se lève, pacifiquement. La répression militaire israélienne, réponse aux revendications légitimes des habitants de Gaza est depuis 2000 un modèle calculé de terrorisme d’état. Les chars, hélicoptères et avions de combat attaquent les quartiers surpeuplés des villes et des camps de Gaza pour atteindre les résistants qui avec des armes dérisoires, voire des pierres, tentent de protéger leur peuple.

 

Gaza, 28 février 2005
Gaza, 28 février 2005
En quatre ans et demi, les champs, les villages et les camps de Gaza ont été réduits à un champ de ruines, son aéroport et son port (financés par l’Union Européenne) bombardés, inutilisables, ses routes coupées par des check-points, interdites à la population de Gaza quand elles ne sont pas rendues inutilisables par les bombardements ou le passage des chars et autres bulldozers militaires, ceux qui détruisent les maisons familiales ou assassinent les témoins de l’occupation comme en 2003 Rachel Corrie, militante américaine de la solidarité internationale.

 

 

al-Mawassi
al-Mawassi
pêche à proximité de la plage, 16 02 2005
Quant à la côte, isolée de sa population par des kilomètres de rouleaux de barbelés, de clôtures, de murs comme ceux qui emprisonnent aussi Gaza à l’est, elle est presque interdite aux pêcheurs qui ne peuvent plus guère s’aventurer sur la mer pourvoyeuse de subsistance.

 

Gaza, terre brûlée, dévastée par la violence insensée de l’occupation israélienne. Pas insensée, non. Porteuse de trop de sens, plutôt, celui de la domination de la force brute sur l’humanité, celui du message du général Sharon, criminel de guerre devenu civil sur le tard, le sens de la continuation et de l’achèvement de l’appropriation totale de la terre de Palestine, en se débarrassant de ses habitants.

Gaza totalement coupée de la Palestine intérieure...

Cisjordanie, les crêtes des collines, les minarets et les oliviers, les ocres de la vallée du Jourdain, la magie des couleurs et de l’air quand le vent vient de la mer ou que le désert s’insinue sur les sommets, la chaleur de l’accueil du peuple de Palestine. Terre belle et riche, de sa nature et de son peuple.

Terre défigurée aussi, par les quelque 250 colonies juives de peuplement qui veulent du sommet des collines confisquées, dominer de derrière leurs barbelés et leur miradors, les paisibles villages ancestraux palestiniens qui s’étalent au flanc des collines. Ces colonies dont le maître américain vient de dire que les plus grandes d’entre elles « resteront territoire israélien » [1].

Terre volée, par la construction et l’extension des colonies, camps militaires israéliens et autres « implantations sauvages », mais aussi par l’expropriation de milliers d’hectares pour y construire les routes de contournement, ces routes d’apartheid interdites aux Palestiniens qui relient entre elles les implantations qui quadrillent la Palestine orientale, comme la Rome impériale de César occupait la Gaule.

Vol et viol de la terre
Vol et viol de la terre
La colonie de Har Homa a confisqué la colline palestinienne d’Abu Gneim

 

Terre violée, assoiffée, dont les arbres sont arrachés par milliers par les bulldozers que Caterpillar prête de si bon gré au travail mortifère de l’occupation, dont les récoltes sont arasées ou abandonnées par force et les puits confisqués par dizaines. La mort rôde sur les terres agricoles de Palestine.

Terre éventrée, découpée par le mur de la honte et de l’apartheid que la communauté internationale unanime a jugé illégal et immoral mais qu’elle ne fait rien pour abattre, elle qui a su en abattre d’autres, au nom de la liberté et de la démocratie.

Bilin , 20 mars 2005
Bilin , 20 mars 2005
répression israélienne d’une manifestation pacifique contre le mur
Mur, murs monstrueux, blessure immonde sur la terre de Palestine, qui n’en finit pas de s’allonger et de s’insinuer au coeur de la Cisjordanie occupée. Avec lui meurent les villages et les champs, avec lui meurt le peuple rural de Palestine. Son cœur. Ce mur d’annexion qu’Israël érige tue la terre, il tue la vie, il veut chasser, annihiler la réalité et la vie des femmes et des hommes de Palestine qui, de Bilin ou Deir al-Balout à Salfit ou Hébron jusqu’à Bethléem et Jérusalem, se dressent contre lui, ses troupes et ses bulldozers, et sont quotidiennement blessés ou arrêtés par dizaines dans leurs manifestations pacifiques.

 

Pas eux seulement. Partout en Palestine, le peuple palestinien souffre de l’occupation : 4000 morts depuis le début de la répression israélienne du soulèvement que l’occupation a déclenché en septembre 2000, des dizaines de milliers de blessés, des handicapés, dont beaucoup très lourdement et à vie, par milliers, plus de 8000 prisonniers, des arrestations quotidiennes par dizaines, des milliers de maisons détruites, bombardées ou rasées, les familles à la rue, la misère, le chômage, le désespoir. Des vies invivables, des vies brisées.

Terre confisquée, interdite à des centaines de milliers des siens, exilés, ou réduits à des conditions de vie misérables dans les camps de réfugiés des pays arabes proches et qui ont gardé la clé de la maison dont l’occupant les a chassés. Réfugiés qui demandent la reconnaissance de la responsabilité israélienne dans leur expulsion de leur terre. Réfugiés qui demandent, comme les résolutions internationales, que soit reconnu leur droit au retour. Palestiniens d’Israël aussi qui se voient interdire d’entrer dans les Territoires Occupés alors que les colons juifs y circulent en maîtres ou encore Palestiniens croyants qui ne peuvent accéder à leurs lieux de cultes à Jérusalem.

Oui mais, tout ça c’est du passé, entend-t-on sur tous les tons. NON !! C’est maintenant.

Les engagements pris à Charm el Cheikh ont certes été tenus par les Palestiniens qui, résistance nationale et résistance islamique confondues, ont accepté, par une déclaration émise au Caire le 21 mars, de renoncer à l’action armée jusqu’à la fin de 2005 SI les exactions israéliennes cessent et SI les prisonniers sont libérés.

Côté israélien, après des tergiversations, 500 des 8OOO prisonniers politiques ont été libérés, un des check-points qui emprisonnaient Jéricho dans son oasis a été levé et l’entrée de Tulkarem a été autorisée à la police palestinienne qui s’y est déployée.

N’oublions pas que 7400 prisonniers sont toujours dans les geôles israéliennes, que les arrestations ont continué depuis, rappelons aussi que Jéricho n’était pas occupée, que Tulkarem, où les Israéliens ne se trouvaient pas de manière permanente, reste coupée des autres villes de Cisjordanie et qu’à l’issue de la rencontre de Charm el-cheik, les représentants israéliens ont refusé le retour des réugiés chez eux et que Jérusalem soit jamais la capitale de l’état de Palestine.

C’est aujourd’hui que la colonisation et l’occupation veulent dévorer ce qui reste de la Palestine.

-  Le week-end de Pâques, les policiers israéliens ont interdit l’entrée de la Vieille Ville de Jérusalem aux fidèles palestiniens.
-  Le 28 mars 2005 à Jénine 8 résistants ont été arrêtés.
-  Le 27 les Israéliens annoncent qu’ils ne se retireront pas tout de suite de Qalqilyia.
-  Le 26 les Etats-unis réitèrent leur appui à la colonisation, notamment aux 3500 logements qui vont s’ajouter à Maale Adumim, près de Jérusalem, et surtout à la route E1, réservée aux Israéliens, qui va relier Jérusalem à cette énorme colonie, coupant de facto la Cisjordanie en deux entités totalement séparées.
-  Le 26 près de Salfit 14 manifestants, Palestiniens, Israéliens contre l’occupation et Internationaux, sont blessés lors de la répression d’une manifestation contre le mur d’annexion.
-  Le 26, la Haute Cour israélienne a donné le feu vert à une nouvelle route de contournement qui relie deux colonies juives près d’Hébron, vole plus de terres encore et isole davantage Hébron, tandis qu’à Bethléem la route qui va isoler toute la communauté chrétienne locale et étrangère de la Tombe de Rachel, haut lieu religieux à l’entrée de la ville, vient d’être autorisée, ce qui implique de nouvelles annexions de terres.

La liste est longue et tout cela se passe aujourd’hui, sous nos yeux si l’on sait regarder et voir.

Certes, ce que l’occupation israélienne fait aujourd’hui à la Palestine et à son peuple est moins violemment visible que lors de cette autre journée de la Terre en 2002 quand Sharon lançait ses troupes sur la Cisjordanie où, Internationaux revendiquant pour les Palestiniens aussi les droits humains et politiques élémentaires, nous nous portions au devant des chars israéliens pour tenter d’empêcher leur attaque irrémédiable contre la Muqata’a, là où Yasser Arafat, président de la Palestine, était assiégé avec quelques centaines d’hommes, militaires et civils que nous avons pu rejoindre.

30 mars 2002
publié le mercredi 30 mars 2005 in http://www.france-palestine.org 
par  Claude Léostic
publié par Pinou dans: cepapo

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