Même si elle a des inconvénients, la transcription s’impose aussi bien pour son enseignement à l’école que pour son inscription au patrimoine culturel mondial.
Dans le cadre des journées d’études sur la musique classique algérienne qui se sont déroulées à Tipasa le 5 et le 6 avril derniers, Hichem Zoheir Achi, chercheur en musicologie, a soulevé lors de son intervention la problématique de la transcription non limitative de cette musique dans la perspective de sa préservation et de sa transmission.
Hichem Zoheir Achi a entamé son intervention par un état des lieux qu’il a intitulé «la déperdition qualitative de la musique classique algérienne», mettant en exergue quatre aspects majeurs.
Tout d’abord, la raréfaction des maîtres qui «se distinguent des maalim par le fait qu’ils ont été autorisés à pratiquer et à enseigner la musique».
Deuxièmement, le délaissement, «subi mais conscient par les confréries religieuses de leur rôle de gardien du patrimoine et également celui des référents quant à la fidélité aux mélodies originelles, avec toute la relativité que puisse assurer la seule mémoire humaine». Troisièmement, la rupture entre les jeunes musiciens et chanteurs et les maîtres, que le musicologue explique par la démocratisation des moyens audiovisuels qui ont fait croire, à tort, aux jeunes que les enregistrements sonores les dispensaient de l’enseignement auprès des maîtres. D’autre part, «la modification profonde et trop rapide de la composante humaine des grandes villes, notamment durant la décennie noire», a eu pour conséquence, entres autres, «le travestissement» du répertoire des orchestres des fêtes, en réponse «au principe purement mercantiliste, de l’offre et de la demande». L’apparition puis le déferlement de formes musicales concurrentes sont, selon M. Achi, une autre raison de cette déperdition et de l’éloignement des jeunes musiciens des mélodies originelles. Abordant la question de la transcription et, plus précisément, ses bienfaits ou méfaits pour le devenir du patrimoine musical classique algérien, le musicologue dira que c’est en fait les deux faces d’une même médaille. La transcription «est un mal à partir du moment où elle fige notre musique et la dénude des éléments qui lui confèrent sa beauté, son imprévisibilité et sa capacité à revêtir à chaque exécution un cachet différent dépendant de plusieurs critères dont il faut souligner un en particulier : l’humeur. Cette humeur qui est l’essence même de la musique classique algérienne». Et c’est cette humeur qui est la plus difficile à transcrire, explique le conférencier.
D’un autre côté, la transcription, selon le chercheur, s’impose comme une nécessité pour cinq raisons principales. Premièrement, l’accélération de la déperdition quantitative et qualitative du répertoire musical classique algérien. Deuxièmement, la relative modestie de la partie du répertoire classique qui a jusqu’à aujourd’hui été enregistrée. Troisièmement, la nécessité d’introduire l’enseignement de notre musique dans les établissements scolaires et parascolaires. Quatrièmement, l’élargissement de la recherche en rendant attrayante notre musique comme objet d’étude, d’où sa transformation en pôle d’attraction pour les institutions et les chercheurs étrangers, l’impact étant non seulement culturel, mais également économique et stratégique.
Et pour finir, la participation à l’affirmation identitaire, à travers le solfège, un langage compréhensible, apte à faire connaître la musique classique algérienne comme une musique savante et qui permet de l’inscrire au patrimoine culturel mondial. Dès lors, en l’absence d’un système de notation proprement adapté à la musique classique algérienne, «il est préalablement requis à toute action d’enseignement de notre musique de mettre en place un système permettant de la sauvegarder.
Ce système devrait en faciliter l’écriture et la lecture tout en laissant la place aux spécificités de la musique classique algérienne, voire les spécificités de chaque école». De ce fait, pour l’identification et la fixation de l’échelle musicale, des modes et des rythmes, le musicologue préconise une démarche sur plusieurs étapes, dont les phases principales seront l’organisation de colloques qui serviront à préparer le terrain pour un symposium qui se tiendra après façonnement de l’ossature des modes et des rythmes classiques algériens dont l’objectif sera la finalisation du consensus.
Le symposium sera suivi de l’organisation de séminaires au profit des enseignants et des formateurs ainsi que l’édition de manuels didactiques et de vulgarisation.
Pour conclure, Hichem Zoheir Achi dira : «En clair, l’enjeu conjoncturel, et peut être permanent, qui nous interpelle est tout simplement civilisationnel. Les moyens et les outils pour réussir sont à notre portée. Trois maîtres-mots doivent cependant caractériser nos actions : volonté, spécialisation [l’homme qu’il faut à la place qu’il faut] et moyens [on ne fait d’omelette sans casser d’œufs, en l’occurrence, les seuls œufs à casser auront certainement la forme de tirelire].»
In La Tribune .
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